Moins vite, moins haut, moins fort : le retour à l'eau.

Nous avons rencontré Alex Voyer : apnéiste, photographe, amoureux de l'eau et de la nature, lors d'une baignade sur les bords de Seine. Baignade sauvage, évidemment, pour l'homme qui côtoie souvent les éléments et les animaux marins. Petit tour d'un horizon vaste et fantastique, où se mêlent prouesses sportives, ambiances folles et images d'un écosystème fragile.

Un bref aperçu du travail d'Alex, à retrouver sur son compte Instagram : @alexvoyer_fisheye. Au sens littéral, oui.

Mais, Alex Voyer, c'est qui ?


Imaginez un instant que vous êtes sur un bateau en Antarctique. Il fait -5°C. Les morceaux de glace vous entourent, le vent froid mord tout ce qu'il trouve : la surface de l'eau, l'acier, votre visage. Vous êtes assis sur le bord de l'embarcation, dans une épaisse combinaison néoprène, avec dans une main un caisson étanche contenant votre appareil photo. A l'autre poignet, votre montre.

3...2...1, vous prenez une profonde inspiration et vous vous laissez basculer dans un nouveau monde, sous la surface.

Sous l'eau, un spectacle frénétique : des dizaines de manchots plongent à tour de rôle, traçant comme des balles derrière eux des lignes d'air. Le mouvement est partout autour de vous. Ils n'ont pas peur, car contrairement à beaucoup de photographes, vous ne portez pas de bouteilles et n'émettez pas de bulles. Vous êtes suspendus, seul être humain dans l'immensité bleue et noire.

Voici un bref instant de la vie d'Alex, qu'il partage entre Paris, non loin du canal Saint Martin, et son voilier : Diatomée. Diatomée est un navire de 18 mètres qui est bien plus qu'un pied à la mer pour Alex. Il est synonyme d'une philosophie de vie tournée vers le voyage, le partage, la nature, et l'expression artistique.

Quand il n'est pas occupé à shooter des images pour Red Bull ou Netflix, c'est généralement sur le pont de ce dernier qu'on peut le trouver, mais même à Paris, il ne reste jamais loin de l'eau.

Découvrez le projet derrière Diatomée sur https://www.laroutesalee.com ©Meaghan Ogilvie

L'apnée : métaphore d'une nécessité pour notre planète ?


L'apnée était présente aux Jeux de Paris en 1900, c'est d'ailleurs sa seule apparition au programme Olympique. Il existe de nombreuses sous-disciplines, différenciées par des mesures de profondeur, de durée, d'équipements autorisés. La représentation la plus connue, celle du "Grand Bleu", montre l'apnée dite "No Limit", mais il existe pléthore de formes pour ce sport.


Pour en savoir plus sur les différentes disciplines de l'apnée : https://ffessm.fr/competitions/les-disciplines-et-les-categories

(Je me suis chauffé pour sortir une infographie sur le sujet, mais honnêtement, il y a trop de choses à dire.)


Toujours plus bas, toujours plus longtemps, plongée dans une fosse en apnée ©Alex Voyer

Ce sport à part exige des qualités particulières : il faut effectivement bouger le moins possible, résister à la pression de l'eau, consommer le moins d'oxygène possible pour, quel que soit le type d'apnée, rester le plus longtemps sous la surface. Il s'agit d'une certaine façon d'un "anti sport", dans le sens où ce que nous prenons souvent pour un exploit sportif tient dans une démonstration explosive.


Si l'on prend un peu de recul pour observer la manière dont notre société fonctionne, on peut voir beaucoup de similitudes entre le 100m d'Usain Bolt et, par exemple, le transport des marchandises autour du globe. Qui n'est pas habitué, aujourd'hui, à commander un produit à l'autre bout du monde, et à le recevoir 4 jours après ? Tout va vite, tout est une épreuve de force, une histoire d'optimisation et de logistique qui s'écrit au détriment de notre environnement.

90 000 navires de transport, responsables de 2,3% des émissions de gaz à effet de serre, c'est la photo que nous pouvons faire aujourd'hui, mais qui pourrait être bien plus dramatique d'ici 2050, avec un transport maritime participant potentiellement à 17% de ces mêmes émissions si nous ne changeons rien. Oui, nous.

( source : https://www.capital.fr/economie-politique/le-transport-maritime-en-quete-de-solutions-pour-reduire-son-impact-sur-lenvironnement-1348266 )

Même si de nombreux efforts sont faits en la matière par différents acteurs du secteur, nous sommes loin de faire machine arrière.

Au risque de décevoir Pierre de Coubertin, en apnée, ce serait plutôt :

"Moins vite,

Moins haut,

Moins fort."

Alex lors de notre entretien
Désolé Pierre, sur ce coup-ci, on ne te suit pas.

Des initiatives variées commencent à voir le jour pour trouver des alternatives aux énergies fossiles dans ce domaine : navigation à la voile, propulsions électriques - sujet controversé s'il en est...cependant, en attendant de trouver les solutions miracles, il est aisé de guider notre système capitaliste vers des comportements plus responsables.

Après tout, le client a toujours raison, et si le client veut limiter son impact environnemental, il a encore raison.

Si on ne fait rien ?

Il existe de nombreuses projections sur l'avenir environnemental de notre planète, la plus ludique que nous ayons trouvé revient au MIT qui propose un simulateur en ligne.


Grâce à ce dernier, vous pouvez mesurer les évolutions possibles de nos émissions de gaz à effet de serre, ou l'augmentation de la température, en fonction des choix qui sont et seront fait à différentes échelles : que ce soit la taxation des énergies fossiles ou l'encouragement de la recherche, entre autres. De quoi nous éclairer sur les actions à mener si nous voulons déjouer les prédictions !


Allez, venez, on bloque tous notre respiration pour ralentir le rythme infernal qui nous entraîne, sans que nous sachions vraiment où.

Demain, le sport et l'eau, ça veut dire quoi ?

Alex plaide nécessairement pour un retour de l'apnée aux Jeux Olympiques et Paralympiques. Le hic, c'est que, lors d'une épreuve d'apnée, il ne se passe pas grand chose pour le spectateur, à moins que celui-ci ne possède des branchies.

Dans une entrevue avec Christian Mauduit, nous avions évoqué la possibilité d'avoir des épreuves "fil rouge" auxquelles on pourrait revenir entre deux plongeons ou 100m en piscine, appliquons ce principe à l'apnée. Ajoutons par dessus ça un commentateur digne de Nelson Montfort qui exprimera l'invisible et rendra le spectacle plus vivant : vous obtenez une formule bankable, sexy, pour ce sport qui rassemble quand même près de 30 000 personnes, rien qu'en France !


Pour lire ou relire notre rencontre avec Christian :https://www.2124story.fr/aper%C3%A7u-sur-demain/christian-mauduit-spartathlon-sandwichs-coca

Hors des bassins, en revanche c'est une autre histoire, et cette pratique révèle bien d'autres choses qu'un "simple" défi...

Buried in Water" ©Alex Voyer & Marianne Aventurier
"One Breath Around The World" ©Guillaume Néry & Almo Film

Être capable de tenir 3 minutes ou plus sous l'eau offre des possibilités d'expression sans fin. Corps en apesanteur, mouvements lents, particules en suspension et décors aquatiques grandioses offrent des expériences visuelles riches en sensations, auxquelles nous, pauvres terriens, sommes rarement habitués.

Et si, dans le cas d'un réchauffement climatique global, les rivières et autres canaux restaient les derniers grands axes frais ? La présence de l'eau fait naturellement chuter la température, offrant de meilleures perspectives que de continuer à nous entasser sur le périphérique dans des SUV avec la clim à fond. Je vous invite à découvrir les travaux de François Bellanger en la matière.

La préservation de l'eau est un des enjeux de notre lutte pour l'avenir, elle a permis à la vie d'apparaître puis de prospérer, ne serait-pas-t-il temps de réapprendre à vivre avec elle ?

Il n'y a pas que l'apnée qui se révèle hors des piscines Olympiques : Vous êtes déjà allé au bureau à la nage ?

Le Wild Swimming ou le retour à l'eau.

Qui ne rêve pas de pouvoir se rafraîchir dans la Seine l'été ? De se tremper après une journée au bureau ?
©Gaëtan de la Rüe du Can pour 2124storyIl existe même un site Internet qui recense les meilleurs spots : https://www.wildswimming.co.uk/

Le "Wild Swimming" est un mouvement né outre-Manche qui consiste à voir la moindre flaque comme un potentiel lieu de baignade : exit le chlore et le pédiluve, toutes les occasions sont bonnes - des canaux aux fontaines - pour se rafraîchir en été ou se donner un défi en hiver. Au delà de cette approche sauvage de la natation en eaux libres, le "Wild Swimming" est une invitation à regarder la ville différemment. La ville est un lieu de vie, un lieu de sport pour certains avec les pistes cyclables ou le tour du pâté de maison en course à pieds, mais si on réfléchit plus loin ?

On peut se baigner dans la Seine, pratiquer l'escalade en extérieur, convertir des espaces urbains en lieux sportifs accessibles à tous.

Vous allez regarder votre quartier différemment !

Aperçu de notre entretien avec Alex en vidéo ou il a été question, entre autres, d'apnée dans l'espace.

©Gaëtan de la Rüe du Can & Jean-Marie Dufour

Qu'en retenir pour 2124 ?


L'objectif de notre projet étant d'établir une cartographie des futurs possibles, notre rencontre avec Alex nous permet d'émettre 3 hypothèses :

  • La première, fondée : En 2100, la température moyenne aura augmentée de 3,6°C.

  • La deuxième : Les sports vont se réapproprier la ville.

  • La troisième, pour la beauté du geste : En 2124 aura lieu la première épreuve d'apnée spatiale. Oui, il faut regarder la vidéo pour l'avoir celle-ci.


Un grand merci à Alex pour son temps et sa disponibilité, nous espérons bientôt pouvoir vous faire vivre une initiation à l'apnée en sa compagnie, stay tuned !Gaëtan de la Rüe du Can pour 2124story.

ALLER PLUS LOIN (ou plus haut, dirait Tina)

Alexvoyer.com

Le site officiel d'Alex, vous pouvez même y commander des tirages ! Perso j'ai un coup de coeur pour la plongée des manchots, et je trouve que ça ferait un magnifique cadeau de Noël...Je dis ça, je dis rien.

NOWNESS - Johanna Nordblad

Pour aller beaucoup, beaucoup plus loin. Genre, là-bas. Une histoire de plongée sous glace et de maîtrise totale de soi. Les images sont folles, le frisson est partout.

AMA - Julie Gautier

"Ama est un film sans parole qui raconte une histoire que chacun peut interpréter à sa manière, selon son propre vécu, tout est suggéré, rien n’est imposé.

J’ai voulu mettre dans ce film ma plus grande douleur en ce monde. Pour qu’elle ne soit pas trop crue je l’ai enrobée de grâce. Pour qu’elle ne soit pas trop lourde je l’ai plongée dans l’eau.

Je dédie ce film à toutes les femmes du monde."

Julie